Prix du livre : les éditeurs nous prennent-ils pour des cons ?

Prix du livre : les éditeurs nous prennent-ils pour des cons ?

 
Chacun l’aura remarqué : d’une façon générale, plus un livre est épais, plus il est cher. C’est assez logique, sauf que le papier ne coûte pas grand-chose… donc on a du mal à comprendre comment 50 pages de différence provoquent un écart de prix de 3€.

En effet, si vous avez déjà fricoté avec le monde de l’imprimerie, vous savez que quelques dizaines de pages en plus génèrent quelques centimes de plus à l’unité sur le coût d’impression. Dès lors, les éditeurs prennent-ils les gens pour des jambons en jouant sur la valeur perçue ou y a-t-il une autre raison économique qui justifie une différence de prix de 2€ à 3€ pour quelques dizaines de pages ?

Malgré une incursion dans le monde de l’édition traditionnelle comme directeur d’ouvrages (chez Studyrama) et désormais plus habitué aux rouages de l’édition indépendante, je me suis tourné vers un spécialiste du sujet pour éclairer notre lanterne : Enrick Barbillon, fondateur de Enrick B. Editions (et l’éditeur à l’origine de ma Chronique d’un étudiant en droit).

 
Enrick Barbillon

Tous les éléments de réponse que vous trouverez ici sont donc à mettre à son crédit (et vous pouvez liker la page Facebook de Enrick B. Editions pour le remercier, je suis sûr que ça lui fera plaisir).

Notre expert en convient : ce n’est pas l’impression de quelques dizaines de pages en plus qui génère la différence de prix final sur un ouvrage. En revanche, au-delà de cet effet direct de l’augmentation du volume, il y a de nombreux effets indirects auxquels on ne pense pas forcément de prime abord.

La longueur du livre influence le prix du livre

Plus un livre comporte de pages, plus sa maquette est onéreuse à créer. C’est ce qu’on appelle les frais de composition (la composition étant la mise en pages du livre dans son format final). En effet, les ateliers de composition facturent généralement au nombre de caractères ou au nombre de pages donc plus le livre est long, plus la composition coûte cher. Ce n’est pas forcément énorme (la répercussion sur le prix unitaire du livre se compte en centimes) mais ces frais s’additionnent avec les autres…

Par exemple, si le livre est une traduction, il faut savoir que le coût d’une traduction est dépendante de la longueur du livre ; elle se calcule en feuillets (un feuillet représentant 1500 caractères). Donc plus le livre est long, plus le coût de la traduction est importante… et augmente le prix final unitaire de quelques centimes.

Enfin, on aurait tendance à l’oublier, mais les frais de relecture et de correction sont également calculés (en général) au nombre de mots donc plus le livre est long, plus la correction est chère.

Bien sûr, ces frais ne s’appliquent qu’aux maisons d’éditions sérieuses comme Enrick B. Editions mais pas à certains éditeurs qui laissent leurs auteurs prendre en charge non seulement la correction mais aussi la mise en page ! Chez ces éditeurs là, seules les prochaines raisons sont valables (si on peut dire).

 

Prix du livre : les éditeurs nous prennent-ils pour des cons ?

Le poids du livre influence le prix du livre

Plus un livre comporte de pages, plus il est lourd et volumineux, ce qui impacte doublement le coût final. En premier lieu, cela augmente les frais de transport entre l’imprimeur et l’éditeur :

  • Multiplié par plusieurs centaines ou milliers d’exemplaires, les grammes liées aux pages supplémentaires peuvent se compter en kilos (voire dizaines de kilos).
  • Le volume généré par les pages en plus se cumule également et génère plusieurs cartons en plus, ce qui peut nécessiter une palette supplémentaire pour le transport.

Cela fait donc déjà quelques centimes de plus qui se retrouvent sur chaque livre, mais il faut aussi prendre en compte les frais de transport entre l’éditeur et le client. Ainsi, à ses débuts (donc avant de bénéficier d’un service de distribution), Enrick Barbillon préparait et envoyait lui-même les commandes aux clients et aux librairies… en passant par la Poste.

Or il y a une différence de prix importante en fonction du poids, par exemple entre un envoi supérieur ou inférieur à 250g. Dès lors, le poids du livre (dépendant de son nombre de pages) devient un facteur important à prendre en compte lors du calcul du prix du livre.

En effet, n’oubliez pas que l’édition reste un business (il y a des factures et des salaires à payer) donc il serait assez malvenu que les faibles marges de l’éditeur disparaissent en frais postaux…

 

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Le modèle économique influence le prix du livre

Toutes ces choses étant présentées, vous aurez remarqué qu’il ne s’agit que de centimes qui se cumulent les uns aux autres. Mais mis bout à bout, l’ensemble génère une variation de prix bien visible entre des ouvrages plus ou moins longs… sans pour autant expliquer une différence de plusieurs euros !

Quel est donc ce dernier facteur X à prendre en compte ? Bien sûr, il y a le facteur psychologique : un lecteur est prêt à payer plus cher pour un livre plus gros et les éditeurs profitent parfois de cet effet psychologique pour gonfler le prix du livre.

Si cela peut vous choquer (il n’y a pourtant pas de quoi), le patron de Enrick B. Editions explique cela très simplement par la contrainte du modèle économique. En effet, aujourd’hui, moins de la moitié des livres publiés sont rentables, avec une variation très importante en fonction des domaines (littérature, sciences humaines, etc). Chaque livre publié est donc un pari que fait l’éditeur (ce qui est la principale différence entre l’édition traditionnelle et l’édition à compte d’auteur).

Et avant même que le livre ne soit présent en librairie, l’éditeur doit avancer de nombreux frais : avance sur droits d’auteur, achat des droits de traduction s’il s’agit d’un livre étranger (et frais de traduction le cas échéant), atelier de compo, graphiste pour la couverture, impression, transport… (quand il s’agit d’un éditeur sérieux).

Ainsi, l’éditeur dépense une somme qui peut devenir assez importante pour sortir un livre de qualité et il peut parfois se passer des mois voire des années avant qu’un livre devienne rentable… si un jour il le devient !

A titre d’exemple, imaginons qu’un éditeur soit à l’équilibre (c’est-à-dire qu’il rentre dans ses frais) en vendant 800 exemplaires d’un livre. La première année, le livre se vend à 550 exemplaires, la deuxième à 250… Il faudra donc attendre la deuxième année d’exploitation pour récupérer sa mise et il ne gagne de l’argent qu’à partir de la troisième année (si le livre continue à se vendre).

A partir de ces chiffres, ajouter entre 1 et 2 euros au prix final du livre permet à l’éditeur de limiter les risques. Et pour ceux qui aiment les chiffres (ce qui est sans doute le cas si vous avez lu cet article jusqu’au bout), il faut aussi noter que sur 1 euro généré, moins de 20% en moyenne (soit moins de 20 centimes) reviennent à l’éditeur. Le reste est réparti entre le libraire, la TVA, le diffuseur, le distributeur… et l’auteur (faut pas déconner !).

 


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